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 La porcelaine japonaise

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MessageSujet: La porcelaine japonaise   Mer 10 Sep - 17:58





La porcelaine Japonaise






Célèbre dans le monde entier et unique en son genre par la douceur de ses courbes et son irrégularité caractéristique, il était essentiel de lui consacrer un article.


Ce qui permet de reconnaître au premier coup d’œil une poterie japonaise, c'est l'aspect flottant de ses motifs par une perte de la profondeur, ce qui la différencie des poteries chinoises.


On observe deux types de poteries, celles laquées dont l'usage était réservé à la Cour et à l'aristocratie et celles en céramique utilisées dans les monastères et en province, ce qui explique son côté quelque peu rustique.


Les coulures et les imperfections étaient considérées par l'esprit shinto de l'époque comme une représentation du monde en mouvement, toute œuvre était à la fois vivante et unique.


Les secrets de fabrication étaient jalousement gardés, se transmettant du maître à un seul de ses élèves. En effet on peut distinguer deux traditions de transmission des savoirs:
- commune; dispensée à tous les élèves,
- secrète; dispensée au disciple successeur.


La céramique ou terre à potier (todo) est un mélange d'argile, de quartz, feldspath, alumine et autres éléments qui, à forte température, vont créer une sorte de matière fondante.
Le célèbre kaolin fut découvert au Japon à la fin du XVIème siècle. Il s’agit d’une argile contenant du fer qui, lors de sa fonte à haute température, va donner une matière blanche à l'aspect vitré.







Les premiers fours puissants apparurent au milieu du Vème siècle, grâce à une technique importée de Corée. Il s’agissait la plupart du temps d’une simple fosse enterrée en forme de bouteille adossée contre le flanc d'une colline. Ils faisaient en moyenne 6 à 10 m de longueur et 1.50 m de largeur; l'intérieur étant entièrement recouvert d'argile. L'extrémité était bouchée en laissant 2 orifices, le premier pour le feu (en bas) et le second pour le passage des fumées et des gaz (en haut);


On distingue deux types de cuisson:

- d'oxydation; dû au passage de l'air, l'oxygène se combinant aux métaux présents dans l'argile produisant le phénomène d'oxydation, et permettant l'obtention d'oxydes de différentes couleurs en fonction des produits utilisés.
- de réduction; les orifices du four étaient bouchés, empêchant ainsi la circulation de l'air ce qui permettait le phénomène de réduction des métaux, c’est-à-dire l'obtention de couleurs pâles et nuancées.


Puis pour imperméabiliser la poterie on la recouvre d'une couche de matière translucide, le yuyaku, qui a tendance à donner cet aspect vitrifié. Ce processus est finalisé lorsque les cendres du bois retombent sur les poteries à l'intérieur du four. C'est d'ailleurs au centre du four que l'on trouve les poteries les plus brillantes car elles sont recouvertes uniformément.








Les premières céramiques japonaises glacées avec décor apparaissent en province d'Owari (actuelle préfecture d'Aichi).
Le style restait tout de même assez rustre, lors des cérémonies importantes on utilisait de la vaisselle provenant de Chine.


L'élément ayant permis l'évolution de la porcelaine au Japon est indubitablement le thé et toute la symbolique qui s'y attache.
Sen no Rikyu (1521-1592), maître de thé du très célèbre Oda Nobunaga prisait l'utilisation de pièces au style moins voyant, les Japonais se tournèrent alors naturellement vers la porcelaine coréenne, appréciée pour sa simplicité et son raffinement.
On assiste dans un même temps à l'âge d'or de la porcelaine japonaise; de nombreux styles apparaissant alors, tous nommés à partir du nom de leurs fours, tous situés dans la région de Gifu: Shino, Mino, Oribe, Iga....


L'un des styles le plus important fut le raku (toujours produit de nos jours à Kyoto) qui concerne uniquement les bols à thé.
Ces bols furent crées par le potier Chojiro (1516-1592) dont le travail fut reconnu par Sen no Rikyu.
Ils sont de couleur noir-brun, le bord est glacé au contraire du pied. Ces petits chef-d’œuvre sont un mélange de sensation visuelle (profondeur de la couleur, jeu du reflet) et tactile (différences de sensation au toucher entre les parties du bol).
D'autres éléments sont pris en compte: la forme, le poids, la prise en main et enfin la conduction de la chaleur (le bol ne doit pas être brûlant mais simplement tiède).
De plus, un fin connaisseur reconnaîtra avec certitude un raku de qualité car celui-ci n'est pas fabriqué à l'aide d'un tour de potier, ce qui fait que le bord est irrégulier.


Il est nécessaire de savoir que l'apparition de cette nouvelle porcelaine est initiée par la pression des daimyo. En effet cet art devient un enjeu majeur économique et politique.
A la fin du XVIème siècle, les Japonais menés par Toyotomi Hideyoshi prennent d’assaut la Corée, avec pour mission de capturer des potiers coréens. On parle alors de guerre de la céramique.
La puissante famille Nabeshima ramena lors de la seconde campagne un potier coréen du nom de Ri Sampei qui, selon la légende, aurait découvert le fameux kaolin dans la région d'Arita.
Les Nabeshima encourageaient grandement les potiers, ils apportèrent notamment leur soutien à 2 familles encore aujourd'hui célèbres: les Kakiemon et les Tsuji.


On retiendra tout particulièrement les Kakiemon qui sont toujours en activité dans la région d'Arita, où Sakaida Kakiemon 14ème du nom (décédé en 2013) fut déclaré "trésor national vivant du Japon", et dont le fils assure désormais la succession.
La porcelaine des Kakiemon est considérée comme la plus ancienne du pays.
Le premier des Kakiemon (1596-1666) eut la chance de rencontrer un potier du nom de Takehara Goroshichi (probablement d'origine coréenne) qui s'installa dans la région d'Arita vers 1624. Combinant les techniques de Goroshichi et celles chinoises il parvint à réaliser une porcelaine aux dessins emplis de couleurs caractéristiques de ce style.
La célébrité ne tardant pas à venir, la famille alla jusqu'à vendre son travail aux Hollandais, alors seuls à pouvoir commercer avec le Japon fermé à l'époque aux étrangers. Victime de son succè,s le style Kakiemon fut souvent plagié mais jamais égalé.


Il est aisé de reconnaître ce style si coloré. En effet, on observe un équilibre de trois couleurs: bleu, rouge et vert. Les motifs sont souvent géométriques et répétés, et ont pour but de mettre en valeur les éléments floraux.
A la fin du XVIIème siècle on assiste à d'autres innovations apportées par Shibuemon, un membre de la famille Kakiemon: les dessins deviennent plus géométriques et les porcelaines plus brillantes, presque laiteuses. Autre évolution : l'acquisition de rehauts auparavant inexistants, empruntés aux ateliers voisins.




(De G. à D.:Sen no Rikyu/ bol à thé raku/ Toyotomi Hideyoshi/ style Kakiemon)


Vers 1722, le four d'Okochi sort les premières créations Nabeshima.
Bien que les thèmes restent assez banals (fleurs et autres animaux inspirés par la Chine); l'originalité vient de leur mise en valeur. Le motif est alors unique, occupe tout l'espace de la composition, le tout dans des couleurs très prononcées. Malheureusement ce style est assez limité de part le choix des motifs employés et les couleurs utilisées (rouge, vert et jaune). On observe la disparition de l’aspect laiteux si cher au Kakiemon.
Les porcelaines Nabeshima, de par leur utilisation de matériaux de première qualité et de la perfection des dessins, se retrouvent naturellement aux tables des daimyo.


Loin des productions luxueuses réservées à l'élite japonaise, la porcelaine d'Imari, bon marché, était réservée aux masses et en particulier à une nouvelle classe sociale, les chonin (que l'on pourrait qualifier de bourgeoisie citadine), ce qui explique la qualité inférieure des pièces. A noter que contrairement aux autres styles, le nom Imari ne provient pas du four de production mais du port où était écoulée cette porcelaine, une certaine partie étant réservée à l'exportation étrangère.
Le style est facilement reconnaissable : les motifs sont extravagants mais ordonnés, de couleur rouge et bleue, le tout souvent rehaussé d'or... tout est dans le bling-bling alors que l'élite japonaise de l'époque recherche avant tout la simplicité et la perfection. Néanmoins, la porcelaine d'Imari s'inspire (ou copie selon les avis) de grands styles tels que le style kakiemon ou chinois, offrant ainsi des pièces de grande qualité que ce soit dans l'équilibre des couleurs ou la brillance des pièces exportées à l’étranger, ce qui explique sa célébrité. A remarquer l'utilisation bien japonaise de motifs géométriques pour lesquels les Chinois se prirent d'affection et qu'ils copièrent.


Phénomène étrange, la production de porcelaine semble être centralisée au niveau de la région d'Arita, ce qui peut être relié à la proximité géographique de Kyoto et des grands ports maritimes commerçant avec l'étranger. Les Nabeshima ne furent pas la seule famille à s’intéresser à la porcelaine. Un autre clan puissant, les Maeda, daimyo de la province de Kaga, commencèrent tout d'abord à acheter des pièces Kakiemon avant d’envoyer un homme du nom de Goto Sajiro à Arita, dont la mission était de rapporter les secrets de fabrication de leur porcelaine : de l'espionnage industriel en somme.
Et c'est ainsi que nait le style Kutani dans la province de Kaga.
Le dessin est assez austère ce qui contraste fortement avec les couleurs vives employées: violet, jaune, vert et rose. La composition est très grandement inspirée par le style des motifs chinois; une version des histoires sur les actes de Goto veut qu'il ait volé les secrets d'un potier chinois.
Malheureusement, la production des Kutani cesse vite en 1695 avec la disparition de la famille Maeda.
Mais ce ne fut pas pour autant la fin du Kutani : un certain Mokubei, célèbre potier de Kyoto, redécouvre ce style en 1806. Il s'en inspire largement, de même que ses successeurs permettant de faire revivre les ateliers Kutani qui connaissent alors une fulgurante ascension. Le Kutani est aujourd'hui encore l'un des styles le plus prospère du Japon.




(De G. à D: Sakaida Kakiemon 14ème/ style Nabeshima/ style Imari/ style Kutani)









Avec les techniques modernes, les procédés de fabrication changent : utilisation d'émaux industriels, fours fonctionnant à l'électricité..., ce qui n'est pas au goût de tout le monde. La porcelaine japonaise est désormais à un tournant de son Histoire; concilier modernité et tradition.






Article et Codage: Cassandre21
Correction: Musashi
Images: Karma



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