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 Hokusaï

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♦ Critique ~ ça ne rigole plus ici non d'une brioche !♦ Critique ~ ça ne rigole plus ici non d'une brioche !
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MessageSujet: Hokusaï   Ven 19 Juin - 16:04




HOKUSAI





L’art japonais est bien complexe et il nous faudrait bien un magazine entier pour pouvoir couvrir tout le sujet ! Mais contentons-nous de ce dossier pour vous en présenter une grande partie: l’Ukiyo-e, ou les estampes japonaises. Nous nous intéresserons ici à un grand artiste, Hokusai, et à l’influence que l’Ukiyo-e a exercé sur l’art occidental. 

Cependant, avant toute chose, il me faut vous expliquer ce qu’est l’Ukiyo-e. Ce mot mystérieux, signifiant « image du monde flottant », englobe un style de peinture très populaire apparu au 17ème siècle à l’époque d’Edo. Les choix des sujets étaient variés et permettaient de satisfaire un large public. Mais les sujets ayant le plus de succès étaient les représentations de courtisanes, de geishas ou de serveuses de maison de thé : Bujin-ga, ainsi que les yakusha-e, les représentations des acteurs dans leur rôle au théâtre kabuki. Les estampes étaient répandues du fait qu’elles étaient facilement reproductibles en grand nombre et à faible coût. Mais il ne faut pas oublier que derrière l’artiste, beaucoup de monde travaillait à leur réalisation. Gravures sur bois, les estampes doivent passer par le graveur et l’imprimeur et parfois il faut jusqu’à dix planches gravées pour coloriser une seule estampe. 

Afin de mieux comprendre comment les estampes ont pris autant d’ampleur, il nous faut remonter au haut Moyen-Âge, appelée la période de Momoyama . Alors que le pays vient d’être pacifié par Nobunaga et Hideyoshi, les guerriers (bushi) vainqueurs sur les aristocrates recherchent des valeurs plus viriles, dans leur vie comme dans l’art. On assiste donc à la monté d’un art masculin, entre force et virilité. Cela se remarque tout particulièrement dans l’architecture des châteaux, qui passent des hauteurs aux plaines. Leur rôle change : d’architecture de défense et de protection, ils deviennent de simples symboles de pouvoir et de richesse. La période Momoyama présente aussi un mouvement grandissant : la peinture de paysages. Les thèmes sont la représentation des campagnes mais aussi de la vie des gens rythmée par les saisons. Les dirigeants profitent de ces œuvres pour surveiller leur population délaissée. Ce sont des tableaux peints de façon panoramique, dans un style spécifique dit de l’école de Kanô. Toutefois, d’autres artistes vont se pencher sur les vues urbaines sans répondre aux goûts de la classe dirigeante, préférant s’intégrer à la vie urbaine et à ses habitants. La population cherche des endroits où elle peut être libre de toute contrainte due à cette rigidité des classes. Cela aboutit à la création de lieux qui, plus tard, vont devenir les sujets essentiels de l’ukuyo-e. Ce sont dans ces quartiers qu’apparaissent les maisons closes et le théâtre kabuki. Mais bien que ces premières scènes de rues commencent à paraître, ce style reste pour l’instant un art essentiellement réservé à la classe dominante. 

Cela change lors de l’avènement de l’époque Edo. Le pouvoir est transféré à Edo, et il faut alors améliorer l’urbanisation de cette ville, ce qui engendre un fourmillement d’activité. De cette période d’Edo, l’une des plus prolifiques en créations artistiques, naquit l’Ukiyo-e. Depuis, les estampes japonaises ont inspiré de nombreux artistes occidentaux mais nous verrons, bien qu’on l’oublie souvent, que l’influence fut réciproque et certains artistes japonais se sont aussi inspirés de nos codes artistiques ! 







L'univers Hokusaï:

Hokusaï est sans nul doute l'un des artistes japonais le plus connu au monde mais aussi prolifique, emblème de toute une époque : Edo.
Touche-à-tout que ce soit au niveau des techniques employées ou des thèmes abordés, ce personnage est avant tout un être hors du commun au tempérament assez particulier. Passant avec une aisance quasi insolente d'un naturalisme sans défaut à la caricature caustique, sa signature en dit long sur lui: "Hokusaï, le fou de dessin" comme il aimait se définir.

Sa vie fut très longue - 89 ans, un record pour l'époque - et très prolifique, on parle de 30000 œuvres.
Son originalité et sa personnalité attirèrent même l'attention du Shogun, ces livres lui assurant aussi une certaine notoriété de son vivant.
Malheureusement, après sa mort son nom fut rapidement oublié. Il fut redécouvert tout d'abord par les Français puis enfin par les Européens en général notamment grâce à l'ouverture du Japon au monde extérieur avec la Restauration de l'ère Meiji en 1868.

Il faut bien comprendre que de son temps Hokusaï était considéré comme un peintre "vulgaire", non raffiné, bien loin des goûts prisés alors par l'élite japonaise de l'époque.
On retrouve chez Hokusaï un style assez populaire où les scènes de tous les jours se mêlent aux histoires oniriques et au folklore local, on parle alors de l'école ukiyo-e au style bien différent des autres écoles de peinture contemporaines tels que Yamato-e, Tosa, Kano et Rimpa.
Allant à l'encontre des idéaux des autres écoles classiques, l'ukiyo-e ne compte pas seulement Hokusaï, on y retrouve d'autres artistes bien connus tels que Sharaku, Utamaro et Hiroshige. Leur particularité est qu'ils ne subissent aucune influence chinoise et ne souscrivent pas aux codes traditionnels japonais de l'époque.

L'ukiyo-e est le représentant d'une époque mais aussi d'une ville : Edo (qui comme on le sait devient Tokyo à partir de 1868). La capitale comptait alors 1 million d'habitants, faisant d'elle la plus grande cité de son temps.
Edo est aussi le nom donné à la très riche période de l'Histoire Japonaise allant de 1615 à 1868. Paradoxalement, c'est-à-partir de 1630 que le pays se ferme sur lui-même, coupant toute relation avec le monde extérieur dans le but de stopper la progression du christianisme apporté par les Jésuites.
Malgré tout, des informations et des échanges arrivent à filtrer, la plupart avec la Chine (car l'interdiction était assez floue vis-à-vis de ce pays). Ainsi grâce aux navires hollandais, seuls autorisés à commercer avec le Japon, de nombreux produits de contrebande arrivent à passer, notamment des livres. Hokusaï réussira même à vendre certaines de ses œuvres à des prix très élevés aux Hollandais.

Le Japon au début d'Edo, mené par les Tokugawa est fortement cloisonné, les classes sociales sont extrêmement marquées, délimitées. Mais peu à peu on observe l'émergence d'une classe moyenne (des marchands pour la plupart) ce qui permet une restructuration de la société avec l'apparition de nouveaux codes. On assiste alors à la naissance d'une "culture populaire", mélange d'une littérature et arts communs avec un certain goût pour le spectacle et la représentation.
Il n'en reste pas moins que la société Edo de l'époque est très codifiée, marquée par des structures, des interdits et des règles esthétiques bien établies.
On y retrouve un mélange de seigneurs féodaux, soldats, samouraïs (liés ou non à un clan) gravitant autour de la cour Shogunale ; sans oublier les roturiers.
Edo est alors le centre du Japon, que ce soit au niveau politique, économique ou culturel ; son développement se faisant au détriment même du reste du pays.

L'art japonais de l'époque se caractérise par un souci du détail allant du choix des matériaux (papiers, couleurs, type d'encre...) aux thèmes étudiés et abordés.
Mais le monde d'Edo se tourne peu à peu vers la seule recherche du divertissement et les œuvres dites "religieuses", mêlant piété et réflexion, sont alors abandonnées. Ceci est le signe de la perte progressive des relations qu'entretenait Edo avec ses divinités. Ainsi, les fêtes et processions ne sont plus célébrées dans une logique sacrée, mais tout simplement dans une recherche du plaisir et de réjouissance.

Et peu à peu c'est tout Edo qui se fige, se replie sur elle-même; les Tokugawa ont assis leur pouvoir de façon durable, les ennemis d'autrefois ne sont plus, les armures deviennent bientôt des objets de décoration et d'ornement, le combat étant juste symbolique et l'amour devient courtois.  
La cour Shogunale n'est plus qu'une simple administration, où les nobles asservis se disputent le pouvoir et les faveurs non pas grâce à leur sabre mais avec une nouvelle arme: l'argent.

Ainsi, même le "grand art" se codifie sans aucune concession. Mais de nouveaux genres réussissent à voir le jour fin 17ème-début 18ème siècle : c'est l'apparition de la "bibliothèque bleue". Ce genre était non officiel et possédait un caractère tout à fait populaire, on y retrouve des œuvres majeures du kabuki côtoyant les divertissements quelques peu frivoles joués dans le quartier des maisons vertes (des plaisirs d'Edo).
Cette "bibliothèque" rassemblait tous les genres et thèmes, ce qui fait d'elle le parfait reflet de la société de l'époque, celle du peuple bien loin des considérations esthétiques traditionnelles en vigueur.

C'est donc dans cet esprit "populaire" que l'ukiyo-e prend tout son sens. Le premier personnage important de ce que l'on peut nommer l'estampe populaire fut Hishikawa Moronobu, vers la fin du 17ème siècle. Dès lors ce genre prend tout son essor et les artistes se multiplient, se comptant bientôt en centaines voire en milliers. On peut notamment citer les célèbres Utamaro et Sharaku.
Cependant, l'ukiyo-e finit lui aussi par s’essouffler après avoir atteint l'apogée de son art dans les années 1770 avec les fameux nishikie, des estampes très colorées au dessin subtil et délicat. Il n'en reste pas moins que la raison première de l'ukiyo-e était avant tout de plaire à l'homme de son époque, cet art avec quelque fois peu de raffinement se complaisait donc dans la représentation de portraits dénudés, des illustrations de pièces de kabuki...
Et c'est ici que le génie de Hokusai prend alors tout son sens. Il réussit à mêler dans ses compositions des thèmes à la fois populaires et ceux caractéristiques du "grand art" traditionnel, mythiques, ce que ses prédécesseurs n'avaient pas osé faire.












Katsushika Hokusaï ...... Le personnage:


Hokusaï, Taïto, Gakyôjin, ou encore Katsushika, les noms qu'il s'est attribué sont aussi nombreux que les années de sa vie. Ces multiples changements sont d'ailleurs à l'origine de nombreux problèmes d’authentification de ses œuvres.

Hokusaï serait né en 1760 (date toujours contesté par certains) de parents inconnus dans le quartier de Warigesui à Edo, zone rurale aussi connue sous le nom de Katsushika.

Vers l'âge de trois ans, il est adopté par un artisan fabriquant des miroirs pour la Cour Shogunale : Nakajima Isé. Son nom est alors Tokitarô. Rapidement repéré grâce à son intérêt pour le dessin et sa passion manifeste pour la peinture, il change son nom à l'âge de neuf ans pour Tetsuzô et déménage. 
Vers 1773, il entre au service d'un xylographe, où il suit un apprentissage de graveur jusqu'à ses 18 ans. C'est là que naît son ambition de devenir peintre. Pour cela il réussit à entrer dans l'atelier Katsukawa, spécialisé dans la réalisation de portraits d'acteurs, et ne tarde pas à se faire remarquer en 1779 grâce à sa publication d'une série de portraits sous le nom de Katsukawa Shunrô.

Commence alors pour lui une vie modeste - on pourrait presque parler de dénuement - dépendante des commandes qu'ils lui sont proposées. Son manque de discernement financier, sa légèreté face à la gestion de l'argent, et son caractère plutôt antisocial n'arrangent en aucune façon sa situation.
Vivotant entre différentes commandes commerciales, il perd la succession de l'école Katsukawa à la mort du maître au profit de son cadet Shûnei, considéré comme plus brillant. Il en conçoit alors une vive contrariété qui eut un impact non négligeable sur son travail durant quelques années, aux alentours de 1793.

Il entre alors dans une autre école, Tawaraya, et publie sous le nom de Sôri en 1795 un recueil poétique : "Kyôka Edo no Murasaki", son premier réel succès.   
De 1796 à 1799 il enchaîne les petits travaux et adopte pour la première fois le fameux nom de Hokusaï. Ce dernier signifie "Ateliers du Nord" et semble être relié à une secte bouddhiste de Nichiren dont il était vraisemblablement membre. Il utilisera d'ailleurs d'autres noms en référence à ce culte.
C'est ainsi que à l'âge de 40 ans, en 1800, il prend le nom de Gakyôjin Hokusaï.

Abandonnant progressivement le mouvement de l'ukiyo-e, il se tourne vers tout ce qui l'entoure, et commence son errance dans Edo. Il décide plus tard de commencer un voyage où il fit la rencontre d'un nommé Bokusen à Nagoya, qui l'encouragea à la rédaction d'une de ses œuvres plus célèbres: "La Manga".

Vers 60 ans il change de nouveau de nom pour Iitsu, et entre dans sa période la plus florissante de sa vie. Malheureusement il est victime en 1827 d'une crise d'apoplexie et se retrouve bientôt seul, ne pouvant compter que sur l'aide de sa fille Oyei (elle même peintre) suite au décès de sa femme. 
En 1831 il publie "Les 36 vues du Mont Fuji" qui lui vaudront une célébrité mondiale. C'est sa première utilisation du bleu de Prusse, couleur venant tout juste d'être introduite au Japon, marquant ainsi sa rupture définitive avec l'ukiyo-e.

Sa dernière œuvre importante, "Cent poètes et poèmes", date de 1836 durant la période de la Grande Famine. Il doit alors se résoudre à échanger son travail contre du riz pour survivre, ce qui est à l'origine de l'arrêt du projet à la 27ème planche.
Ce n'est malheureusement que le début d'une triste période. En effet les incendies de 1839 à Edo détruisent son atelier et beaucoup de ses travaux. Il est grandement touché par cette perte, ce qui a une conséquence non négligeable sur son travail, sa production étant réduite. 

Hokusai serait mort en avril ou mai 1849 (date également contestée) et ses cendres sont déposées dans le quartier d'Asakusa.



Autoportrait / Le mont Fuji / Le pêcheur






L'oeuvre:

Sa vie fut productive à souhait au point que l'on parle de trente mille dessins rien de moins. 
Touche à tout, ses travaux furent divers et variés mais une grande partie furent aussi malheureusement perdus, ses essais préparatoires et ses propositions non publiées.
Sans compter qu'il multiplia les activités: surimono, estampe séparées, suites, livres gravés...

Le surimono:
Vers la quarantaine et avec l'acquisition d'une certaine indépendance, Hokusaï put pratiquer l'art du surimono. Ces sont de luxueuses estampes, se démarquant par la qualité des couleurs, du papier et le soin apporté à leur confections, imprimé à titre privé on les utilisait en tant que carte de voeux, calendriers etc.
Le surimono met souvent en scène des paysages afin de valoriser les mythes et histoires japonaises.

L'estampe:
Hokusai ne commenca pas tout de suite avec les estampes, et mit du temps à trouver son style.
Ses premières oeuvres furent inspirées de quelques sites connus comme le temple Asakusa, le pont Ryôgoku...

Vers 1810, il publie en grand format "Le portrait des Six Poètes", c'est à cette époque su'il commence à accumuler les dessins qui constitueront sa Manga où il décompose et analyse le volume et la perspective des mouvements de ses compositions.

Autre travail important, ses "36 vues du Mont Fuji" en 1831 avec son utilisation du bleu de Prusse, avec son non moins célèbre dessin qu'est la Vague. 
Cette oeuvre marque un tournant décisif dans la vie de Hokusaï, une nouvelle esthétique était née marquant ainsi pas seulement sa définitive rupture avec l'ukiyoe mais créant un pont entre tradition et nouveauté.

Vers 1833, il publie "Shokoku Takimeguri" 8 estampes un circuit de cascades dans différentes provinces, proposant ainsi une idéalisation poussée de l'eau. Un peu plus tard il crée aussi une série "Cent histoire de fantômes" qui s'arrêta malheureusement à la 5ème.

La peinture:
Hokusaï créa aussi de nombreux kakémono (peinture ou calligraphie sur soie), paravents, albums etc. Ces dessins étaient quant à eux plus ancrés dans la tradition japonaise classique mais la touche particulière de Hokusaï était toujours bien visible.

L'érotisme:
Au contraire de ses contemporains, Hokusaï n'a jamais recherché à créer l'image d'une femme courtisane, raffinée, on retrouve chez lui un côté plus sauvage, plus dur.
Dans ses planches, l'acte est présenté de façon cru, sans le moindre artifices à la recherche d'un réalisme quasi désabusé avec il faut l'avouer quelques tendances un peu perverses, la planche “Le rêve d'une pêcheuse” avec la pieuvre en est le parfait exemple.
Vers 1818, il publie le “Fukujusô” recueil de pratiques de l'amour et quelques autres par la suite.
Sontravail reflète aussi de ce côté là ses fantasmes mais aussi ses frustrations, en effet Hokusaï menait une vie relativement simple assez loin des débauches se pratiquant alors dans certains cercles à l'époque.


Barque au milieu des lotus / La Manga / Le rêve d'une pêcheuse






Informations complémentaires:

Dates importantes:

1760: naissance de Hokusaï
1770: mort du maître ukiyoe Suzuki Harunobu
1799: "Les plaisirs de l'est" et "Huit vues de Edo"
1804: "53 stations du Tôkaïdô"
1810: "Portraits des six poètes"
1814: début de publication de "La Manga"
1832: "trente-six vues du mont Fuji"
1834: "cents vues du mont Fuji"
1849: mort de Hokusaï





By Cassandre 21 et Amaterasu
Correction: Musashi
Codage: Cassandre21

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